Québec Yachting

Départ de la 8e édition du Vendée Globe

Salués par près de 350 000 spectateurs massés le long des digues du chenal des Sables d’Olonne, puis par plus d’un millier d’embarcations autour de la zone de départ, les 29 concurrents du Vendée Globe 2016-2017 se sont élancés à 13h02 (heure française), le 6 novembre 2016, dans des conditions météo exceptionnelles : soleil, vent de nord-nord-est de 14 nœuds avec un léger clapot. Le départ a été donné symboliquement par S.A.S le prince Albert II de Monaco qui avait salué chacun des marins au moment de l’appareillage.

Dès le départ, Kito de Pavant (Bastide Otio), Paul Meilhat (SMA), Tanguy de Lamotte (Initiatives Coeur) et Vincent Riou (PRB) prenaient les devants d’une meute très groupée. Bertrand de Broc (MACSF) et Enda O’Coineen (Kilcullen Voyager – Team Ireland) ont dû repasser la ligne de départ, car ils ont dépassé la ligne quelques secondes trop tôt.

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Vers une « foil » descente le long des côtes portugaises…

Ils sont déjà éreintés les marins ! Les conditions météo exceptionnelles du départ du 8e Vendée Globe ne sont plus qu’un lointain souvenir. « La première nuit était affreuse. Le vent passait de 5 à 40 nœuds. J’ai eu une forte averse de grêle. C’était dur, car il y avait beaucoup de changements de voiles à effectuer. » racontait ce midi à la vacation le Hongrois Nandor Fa (22e au pointage). Des conditions de navigation scabreuses qui n’empêchent pourtant pas Alex Thomson (Hugo Boss) et Armel Le Cléac’h (Banque Populaire VIII) de régater à couteaux tirés et presque à vue ! La tête de flotte a doublé le cap Finisterre à 13h (heure française) et entame sa folle descente vers le Sud. Attention, empannages à prévoir dans la brise…

Moins de 30 heures de course et déjà 155 milles séparent le duo Thomson/Le Cléac’h de Sébastien Destremau (TechnoFirst – faceOcean) sur son bateau de 1998, tandis que l’Espagnol Didac Costa, toujours en escale technique aux Sables d’Olonne, joue un contre la montre pour repartir rapidement. Les bonshommes et les bateaux ont un peu trinqués sur ces 24 premières heures de course effrénées. Jérémie Beyou sur Maître CoQ a chuté suite à un brusque départ au lof et s’est abîmé une dent. Rien de grave, mais une mise en jambe sportive jamais évidente après trois semaines passées à terre.

Séparation de trafic
Le DST (Dispositif de Séparation de Trafic), zone interdite, dicte une décision importante pour les marins : passer à l’intérieur ou à l’extérieur. La majorité de la flotte a choisi de longer les côtes espagnoles puis portugaises pour profiter de ce bon flux de Nord de 25 nœuds. Mais dans ce couloir, les empannages vont devoir s’enchaîner, et en solitaire sur ces bolides de course, la manœuvre ne se fait pas en trois coups de cuillère à pot. « On va essayer de gérer ça au mieux. C’est important de ne pas être trop loin au cap Finisterre. Il fait soleil, j’ai Safran sur mon tribord, il y a des grains et 20 nœuds de vent. Il va y avoir des croisements, je ne vais pas pouvoir rester longtemps au téléphone » confiait Vincent Riou (PRB) à la vacation en milieu de journée. Derrière les leaders Thomson/Le Cléach, ça attaque fort. Morgan Lagravière sur Safran, actuellement en 6e position fut le premier à empanner. Le bougre montre les crocs à Sébastien Josse, 5e, sur Edmond de Rothschild. Les croisements de route vont être légion pour la tête de flotte jusqu’à la latitude de Gibraltar.

Un Japonais à l’ouest !
Kojiro Shiraishi sur son plan Farr de 2007 navigue droit dans son kimono (malgré un léger mal de mer la nuit dernière) : le navigateur a clairement choisi une trajectoire très ouest pour parer le DST à l’extérieur. Comme lui, certains vont sans doute jouer la prudence là où le vent est un peu moins fort quitte à se faire distancer, comme l’Irlandais Enda O’Coineen et le Hollandais Pieter Heerema. Sur son nouvel IMOCA à foils, Pieter prend toute la mesure de la difficulté de piloter cette machine volante. Il l’avait dit avant de partir : « Mon objectif n’est pas le résultat, mais bien de rentrer au Sables. » Chacun sa route, chacun son chemin…

Coup de frein dans 24 heures
Great Circle, partenaire du 8e Vendée Globe, annonce pour demain midi un ralentissement pour toute la flotte. Une dorsale a pris ses quartiers à la latitude du cap Saint-Vincent et les concurrents n’auront pas d’autres choix que de la traverser. 8 nœuds de Nord-Ouest attendent les bateaux qui vont être ralentis pendant une vingtaine d’heures. Effet tampon en perspective ! Rapidement, le flux de Nord-Est puissant relancera les dés pour ne plus jamais s’arrêter jusqu’au pot au noir. Dès mercredi 9 novembre, les premiers doubleront les Canaries puis ce sera du pilotage tout droit à travers les alizés…

Ils ont dit
Message du bord de Paul Meilhat (SMA)
« Sacrée première nuit… Une bonne dizaine de grains sur notre route avec grêle, rafales à 30 nœuds et petit temps ensuite. Déjà deux changements de voile et deux prises de ris. Nous sommes maintenant au portant devant la Corogne, on navigue à vue avec Maître CoQ et PRB. Je n’ai pas beaucoup dormi, ni mangé. On en profite pour se sécher entre les grains quand le vent est faible. Pas encore eu le temps de réaliser qu’on part sur un Vendée Globe. »

Jérémie Beyou, Maître CoQ
« La nuit n’a pas été facile, je me suis fait piéger par des grains… je n’ai pas tout pigé… J’ai vu les autre s’enfiler par-dessous et ils m’ont mis un caramel, ils sont passés. J’ai deux ou trois soucis sur le bateau, en plus un safran s’est relevé et le bateau est parti au lof… je suis tombé sur le winch et je me suis cassé une dent. Bon, j’ai appelé le toubib…»

Jean Le Cam, Finistère Mer Vent
« Chaque départ est différent forcément. Là c’était quand même des conditions assez exceptionnelles : tout d’un bord, pas de passage de front et on est déjà en Espagne, donc c’est top ! Côté conditions c’est pour tout le monde pareil : le vent n’arrête pas de varier, t’es obligé d’être à fond sur les écoutes et c’est un peu comme quand tu ne sais pas t’habiller. Tu n’arrêtes pas de faire des compromis, mais bon c’est quand même pas mal. J’ai réussi à me reposer et il le fallait car le départ n’est pas non plus un moment des plus reposants… Il faut toujours un peu de temps pour trouver ses habitues, savoir où est rangé le café est le sucre. Tu t’organises toi même et ce que tu pensais avoir organisé avant le départ n’est jamais exactement ce qui se passe dans la réalité. C’est le côté sympa des choses aussi, de devoir s’adapter. »

Enda O Coineen, Kilcullen Voyager – Team Ireland
« La nuit était difficile. Je préfère rester prudent. Je ne veux trop cravacher mais j’hésite à mettre plus de toile. D’un côté je voudrais bien, mais je préfère faire attention, car ce n’est que le début de la course. Je n’ai pas été bon au départ. Trop enthousiaste, j’ai pris un faux départ et j’ai dû revenir en arrière. J’avais le choix entre une pénalité de 5 heures ou un nouveau départ qui me faisait perdre environ une heure. Je suis déçu d’avoir trahi mes supporters. C’est incroyable de voir comment la flotte s’est déja éparpillée. Je ne suis pas vraiment en forme, car je suis tombé de mon vélo avant le départ et me suis blessé à l’épaule. Il faut du temps pour récupérer. »

Nandor Fa, Spirit of Hungary
« La première nuit était affreuse. Le vent passait de 5 à 40 noeuds. J’ai eu une forte averse de grêle. C’était dur, car il y avait beaucoup de changements de voile à effectuer. Le départ était incroyable. Si vous ne l’avez jamais vu, vous ne pouvez pas imaginer à quoi cela ressemble. Cela n’arrive qu’aux Sables d’Olonne. Malgré un bon début, je ne suis pas satisfait de ma position. A un moment une navette à passagers est passée devant moi et a vraiment perturbé la mer, m’obligeant à ralentir. J’étais bien placé à un moment, mais je n’ai pas la vitesse et je ne sais pas pourquoi… »

Stéphane le Diraison, Compagnie du Lit – Boulogne Billancourt
« Ça va bien, j’ai été très prudent cette nuit comme on était dans des éléments instables. J’évite la fatigue. Je vais passer le cap Finisterre et le DST tranquille avant de mettre du charbon. Je vais essayer de me reposer. Je suis entouré de pêcheurs et de cargos donc c’est le moment d’être raisonnable. Il faut un peu de temps pour prendre ses marques car il y a eu trois semaines avec beaucoup de sollicitations. Une reprise en main était nécessaire. C’est pour ça que j’ai préféré assurer. Je suis très heureux d’être là, sur ce bateau, cap sur le Sud dans de bonnes conditions, qui permettent de faire la route vite. Les dauphins sont même venus me saluer. »

Pour tout savoir sur le Vendée Globe, visitez le www.vendeeglobe.org.

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Philippe Lavoie a été inspiré par cette nouvelle, voici donc le dessin humoristique du mois de novembre 2016! Pour regarder nos archives, visitez le www.quebecyachting.ca/medias/humour-sur-lactualite-nautique/.

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