Votre permis de bateau est-il suffisant?

Image du navire à passagers Faucon Millenium de Navark. Source : Croisières Navark Inc.
Comme de nombreux Canadiens, mon permis de bateau est rangé dans mon portefeuille depuis que je l’ai obtenu il y a plus de 25 ans. Bien que je n’aie navigué qu’à l’occasion au fil des années, cette carte me permet toujours de conduire une embarcation motorisée à grande vitesse sur les voies navigables les plus fréquentées du Canada, sans aucune évaluation pratique de mes connaissances ni démonstration que mes compétences restent à jour.
Ça vaut la peine de réfléchir à cette réalité.
Les plaisanciers évoluent dans un environnement où il y a peu de frontières physiques, où les conditions météorologiques et les conditions de l’eau sont changeantes et où les embarcations de toutes tailles se déplacent dans différentes directions et à des vitesses différentes. Contrairement à la conduite sur la route, il n’y a pas de voies, pas de panneaux d’arrêt et la visibilité est souvent limitée. Une navigation sûre exige que les plaisanciers évaluent constamment les risques, maintiennent une connaissance de la situation et comprennent comment leur navire interagit avec les autres navires.
Pourtant, les exigences du Canada en matière de compétence pour la navigation de plaisance sont restées largement inchangées depuis des années, malgré des statistiques inquiétantes. Entre 2012 et 2021, les accidents de navigation mettant en cause des embarcations à moteur ont causé en moyenne 60 décès chaque année au pays.

Image d’une embarcation de plaisance. Source : propriétaire du navire.
Une enquête récente du BST sur une collision survenue en juin 2024 entre une navette fluviale exploitée commercialement et une embarcation de plaisance (M24C0142) démontre pourquoi cette question mérite une plus grande attention. Le plaisancier possédait une carte de conducteur d’embarcation de plaisance (CCEP) valide et comptait plus de 20 ans d’expérience dans la navigation de plaisance. Néanmoins, l’enquête a révélé que sa formation et son expérience ne l’avaient pas préparé adéquatement à évaluer et à gérer les risques associés à l’exploitation sur une voie navigable complexe et achalandée.
Cette situation n’est pas unique, de même que le problème de sécurité qu’elle a révélé.
Il y a environ un an, le BST a émis une préoccupation en matière de sécurité concernant les exigences actuelles de formation et de certification des conducteurs d’embarcations de plaisance pour une navigation sécuritaire sur les voies navigables à haute densité dans le cadre de son enquête sur une collision survenue en 2023 entre un traversier et une embarcation de plaisance (M23C0143).
Les ressemblances entre ces enquêtes sont frappantes.

Image de l’embarcation de plaisance à l’étude. Source : Bureau de la sécurité des transports du Canada
Les deux cas concernaient des conducteurs d’embarcations de plaisance qui répondaient aux exigences actuelles de certification du Canada. Ils ont aussi mis en évidence les défis associés à la navigation à proximité de navires commerciaux dans des voies navigables achalandées. Enfin, ces enquêtes ont démontré que le fait d’être titulaire d’une CCEP ne signifie pas nécessairement qu’un plaisancier a acquis ou maintenu les connaissances nécessaires pour naviguer en toute sécurité dans des environnements maritimes plus complexes.
L’enjeu découle de la façon dont les conducteurs d’embarcations de plaisance sont actuellement certifiés.
Au Canada, les conducteurs obtiennent une preuve de compétence en réussissant un cours de sécurité nautique accrédité et en passant un examen théorique. Contrairement à l’obtention d’un permis de conduire, il n’est pas nécessaire de démontrer des compétences pratiques ou une capacité de prise de décision sur l’eau. Et une fois émise, elle n’expire jamais.
Dans le cadre de son enquête, le BST a examiné plusieurs manuels de formation accessibles au public utilisés dans le processus de certification et a constaté qu’il y avait peu de directives sur des sujets tels que la manœuvrabilité des navires, le comportement des embarcations à haute vitesse, l’évitement des abordages dans les environnements à haute densité, et les manœuvres efficaces lors de la navigation à proximité de navires commerciaux.
Par conséquent, de nombreux plaisanciers comptent fortement sur leur expérience personnelle pour cerner les dangers et gérer les risques.
L’expérience a certainement de la valeur. Cependant, à elle seule, elle n’expose pas toujours les plaisanciers à toute la gamme des situations qu’ils peuvent rencontrer. Un plaisancier qui, pendant des années, pêche sur un lac tranquille peut soudainement se retrouver à naviguer dans un important corridor maritime, une route de traversiers, ou une voie navigable congestionnée, avec une compréhension limitée des risques particuliers en cause.
C’est pourquoi le BST a émis une recommandation à Transports Canada de modifier le Programme de compétence des conducteurs d’embarcations de plaisance afin de s’assurer que les conducteurs obtiennent et maintiennent un niveau de connaissances suffisant pour répondre en toute sécurité dans les conditions dans lesquelles ils opèrent. (M26-01)
La recommandation tient compte d’une réalité importante : les compétences en navigation de plaisance ne sont pas statiques.
Au fil du temps, les règlements et les pratiques sur l’eau évoluent et, en l’absence d’une mise à jour, les compétences et les connaissances peuvent décliner. Les voies navigables deviennent de plus en plus fréquentées à mesure que le trafic commercial et récréatif continue de croître. Cela dit, la technologie a transformé la navigation de plaisance : les traceurs de cartes GPS, les systèmes SIA et les applications de navigation mobiles fournissent désormais des informations qui étaient inaccessibles à la plupart des plaisanciers il y a une génération. Les programmes de formation et de certification doivent évoluer pour suivre le rythme de ces changements.
Pour de nombreux plaisanciers, les exigences actuelles peuvent être suffisantes pour conduire une petite embarcation sur un lac tranquille ou une voie navigable abritée. Cependant, des enquêtes récentes suggèrent qu’il faut en faire davantage pour préparer les plaisanciers aux réalités de la navigation sur les voies navigables les plus achalandées du Canada.
En fin de compte, la sécurité sur l’eau est une responsabilité partagée. Les organismes de réglementation, les fournisseurs de formation et les organisations de navigation de plaisance ont tous un rôle important à jouer dans le renforcement de la sécurité nautique. Toutefois, les plaisanciers peuvent également prendre des mesures, notamment en suivant des cours de navigation avancés, une formation radar, des cours de mise à jour des compétences ou en étant accompagnés d’un plaisancier plus expérimenté lors d’un voyage dans des conditions difficiles. Ces démarches peuvent contribuer à minimiser les risques, bien après l’obtention d’une CCEP.
La navigation de plaisance est l’une des grandes traditions estivales du Canada. Veiller à ce que les plaisanciers aient les connaissances, les compétences et la confiance nécessaires pour naviguer en toute sécurité profite à tous ceux qui partagent nos voies navigables.

Yoan Marier, président du Bureau de la sécurité des transports du Canada.
Par Yoan Marier, président du Bureau de la sécurité des transports du Canada
*Cet article a été publié dans le magazine numérique Été 2026 de Québec Yachting. Abonnez-vous, c’est GRATUIT!