Québec Yachting

Avoir du « fun » tout en préservant la vie aquatique!

Quand on est en vacances, on pense d’abord à avoir du plaisir, à profiter d’activités qu’on aime, avec les gens qu’on aime et surtout à se sentir complètement libre. C’est ce sentiment qu’on veut retrouver sur un plan d’eau quand on navigue. Du « fun » à tout prix!

Pourvu qu’on soit sécuritaire, « on peut tout faire sur un plan d’eau », n’est-ce pas?

homme en planche nautique. Crédit photo : Coalition Navigation.

Crédit photo : Coalition Navigation.

 ASSUMER SES VAGUES

La Loi sur la marine marchande qui régit la navigation a comme objectif d’empêcher toute entrave à celle-ci, quel que soit le type d’embarcation. Cependant, cette loi archaïque ne tient aucunement compte qu’on navigue sur « un milieu vivant » et qu’on a une responsabilité morale et éthique de préserver la vie aquatique sur laquelle on navigue. Cette vie microscopique est à la base même de la chaîne alimentaire de la faune aquatique. Parlez-en aux pêcheurs…

Donc, oui du « fun », mais dans certaines limites, celles du plan d’eau sur lequel vous naviguez, et selon le type d’embarcation que vous conduisez. C’est d’autant plus important de bien choisir « le bon bateau pour le bon endroit ».

La Loi sur la marine marchande tient pour acquis que tous les navigateurs sont de bons navigateurs, pourvu qu’ils respectent les règles de sécurité. Sur un plan d’eau, il n’existe aucun Code de navigation obligatoire comme le Code de la route. Contrairement à ce Code, on n’obtient pas un permis de conduire après des heures de cours théoriques et pratiques. On obtient une « carte Bateau » en trois heures sur internet à un prix modique annoncé à rabais à 29,99 $ dans le temps des fêtes. Une aubaine…

NAVIGUER AVEC OU SANS RESTRICTIONS?

Heureusement, depuis janvier 2026, le permis de bateau est renouvelable tous les 5 ans, et chaque embarcation motorisée dont la puissance totale est d’au moins 10 cv (7,5 kW) doit avoir un permis d’embarcation valide. L’objectif étant de donner au gouvernement une meilleure idée de ce qui se promène sur les plans d’eau. Il serait souhaitable que ce renouvellement vienne avec l’obligation de suivre une nouvelle formation où l’on parlerait des moyens de préserver la santé des plans d’eau.

Mais on peut toujours naviguer où bon nous semble, à la vitesse que l’on désire sur tous les plans d’eau auxquels nous aurons accès, et profiter d’un « terrain de jeu illimité » comme l’annoncent certaines publicités. Malheureusement, cette culture du « fun à tout prix » en bateau, pour ceux qui pratiquent des sports nautiques comme le wake ou le surf, divise les communautés du Québec. Elle met en opposition les adeptes de ces sports nautiques avec leurs embarcations à vagues forcées et les villes ou les riverains qui veulent protéger la santé de leur lac.

Beaucoup de propriétaires de bateau de wake ne réalisent pas que leur pratique, surtout en zones peu profondes ou proches des rives, entraîne des dommages invisibles à court terme mais irréversibles à moyen terme.  Le wake surf peut être pratiqué de manière plus durable, mais seulement si les propriétaires sont informés dès le départ. Sans sensibilisation avant l’achat, les lacs deviennent les victimes silencieuses d’une activité dont les effets destructeurs ne se révèlent qu’après plusieurs saisons.

conduire bateau. Crédit photo : Coalition Navigation.

Crédit photo : Coalition Navigation.

PROTÉGER UN LAC EST UNE MISSION PRESQUE IMPOSSIBLE!

Un récente étude démontre que seulement 1 % des lacs du Québec possèdent les dimensions nécessaires pour recevoir de telles embarcations sans endommager leur santé. En effet, comme déjà mentionné dans d’autres chroniques, ces embarcations requièrent un corrridor d’au moins 600 mètres de largeur et une profondeur d’au moins 7 mètres pour naviguer avec les ballasts engagés et surfer sur le sillage tout en protégeant la qualité de l’eau du lac.

Transports Canada prévoit des restrictions à ce droit de naviguer dans son Règlement sur les restrictions visant l’utilisation des bâtiments (bâtiments = bateaux) (RRVUB). Le processus de demande de restrictions est très exigeant. Les prémisses à ces restrictions sont nombreuses :

Les villes qui veulent demander des restrictions à la navigation doivent :

  1. S’unir et ne parler que d’une seule voix à Transports Canada s’il existe plusieurs villes riveraines d’un lac… et seulement un lac à la fois;
  2. Démontrer que ces embarcations peuvent endommager le plan d’eau;
  3. Obtenir à grands frais des études environnementales qui démontrent que la qualité de l’eau du lac s’est détériorée et que c’est relié à ces embarcations : érosion des rives, brassage des sédiments, eutrophisation du lac, etc.;
  4. Avoir mis en place des mesures non réglementaires comme :
    • Un code d’éthique
    • Une campagne de sensibilisation
    • Des bouées d’information
    • Une patrouille nautique
    • Etc.;
  5. Démontrer que ces mesures n’ont pas été efficaces pour préserver la santé du lac;
  6. Démontrer que le nombre de plaintes reçues, celui d’infrastructures brisées (quais), etc., justifient cette demande;
  7. Présenter un projet de restrictions qui respecte les sept (7) Annexes officielles du RRVUB;
  8. Fournir les cartes et les coordonnées géographiques démontrant les restrictions proposées;
  9. Consulter leurs citoyens à au moins deux reprises en personne sur ces potentielles restrictions et tenir compte de tous les commentaires;
  10. Justifier, s’il y a lieu, pourquoi elles ne retiennent pas les propositions reçues des citoyens dans le processus de consultation;
  11. Démontrer comment elles ont diffusé l’information pour inviter les participants aux consultations, au moyen de :
    • photos des endroits où les avis ont été affichés ou
    • de captures d’écran de leur site internet ou
    • de publications sur les réseaux sociaux, dans les journaux locaux, etc.;
  12. Obtenir l’approbation d’une grande majorité de citoyens concernés, pas seulement ceux qui sont riverains et les citoyens de la ville, mais aussi les autochtones, les commerçants concernés (de bateaux, marinas ou autres), les organismes gouvernementaux ou autres, etc.;
  13. Rédiger des rapports complets de ces consultations avec les listes de présences;
  14. Prouver avec des photos qu’elles ont eu lieu;
  15. Remplir les 10 formulaires des 10 étapes et y joindre les annexes justifiant leurs réponses;
  16. Faire une étude coûts/bénéfices et y inclure tous les coûts engagés par les villes à ce jour, futurs pendant cinq ans et récurrents annuellement, y incluant le coût que les commerces ou propriétaires de bateaux auront à encourir pour se conformer à ces restrictions; par exemple, s’ils doivent déplacer leur bateau ailleurs pour pratiquer leur sport;
  17. S’engager par résolution à mettre en application les restrictions demandées et à prévoir tous les coûts nécessaires pour le faire : bouées, affichage, campagne de sensibilisation, patrouille nautique (entente à l’appui), etc.;
  18. Remettre tous ces documents à Transports Canada avant le 15 novembre d’une année si on veut que les restrictions s’appliquent l’été suivant (pas garanti… selon l’étude qu’en feront les fonctionnaires responsables);
  19. Bref, bâtir une dossier de plus de 500 pages pour faire une demande de restriction à la navigation;
  20. Se croiser les doigts et espérer que les fonctionnaires régionaux et fédéraux de Transports Canada y verront assez de justifications pour accepter les restrictions demandées.

LE DÉFI DES VILLES QUI VEULENT LIMITER LES WAKEBOATS

Toutes ces étapes sont sans compter les mises en demeure que certains adeptes de bateaux enverront à la ville ou à l’association de lac qui veut entamer la demande de restrictions. Certains membres d’associations de lac subissent même de l’intimidation sous diverses formes lorsqu’ils veulent amorcer le processus de restrictions avec leur ville. On a vu des conseils d’administration d’associations de lac se faire noyauter par des adeptes de gros bateaux qui en prennent le contrôle, alors que la mission de l’association est de protéger le lac. À l’inverse, on a vu des maires remporter leur élection contre des candidats antirestrictions.

Boire une boisson en bateau, femmes, crédit photo coalition navigation

Crédit photo : Coalition Navigation.

LACS EN DANGER, VILLES À BOUT DE SOUFFLE!

Ça paraît un peu fou tout ça, mais ça représente l’énorme fardeau de la preuve que les communautés doivent supporter pour protéger la santé de leur lac des impacts, notamment, des embarcations à vagues forcées. Ça démontre aussi à quel point la navigation de plaisance peut diviser les communautés du Québec. Les adeptes de gros bateaux, eux, n’ont qu’à embarquer sur le lac et s’amuser à leur guise… même si leur sport contribue à dégrader le plan d’eau et dérange la bienséance naturelle des utilisateurs responsables et des riverains.

Nous sommes d’avis que le gouvernement fédéral y gagnerait à mettre fin au processus fastidieux et injuste de demandes de restrictions à la navigation tel qu’il existe actuellement. Il épargnerait ainsi aux communautés le nombre d’heures astronomiques et d’années qu’elles passent à produire des documents et à diviser leurs citoyens. Aussi, le gouvernement fédéral s’épargnerait à lui-même un nombre important d’heures que ses fonctionnaires passent à étudier ces dossiers volumineux.

« Le gouvernement fédéral, s’il était conscient de l’importance de la qualité de l’environnement, pourrait décréter une simple législation basée sur la bathymétrie des lacs et les études scientifiques reconnues. »

Cette législation interdirait à de telles embarcations (wake/surf) de naviguer avec ballasts engagés sur des lacs qui n’ont pas les dimensions (largeur 600 m et profondeur 7 m) nécessaires pour les recevoir sans en endommager la santé. Les villes auraient de la facilité à la faire appliquer.

C’est ce que la Coalition Navigation demande depuis 2017 au gouvernement fédéral. Mais, malheureusement, la navigation relève du ministère des Transports qui ne semble pas parler au ministère de l’Environnement. Pourtant, nos voisins du Sud ont déjà agi en ce sens :  le Maine a adopté une telle législation basée sur les dimensions des lacs pour interdire les bateaux de wake/surf. Le Vermont en a également adopté une qui s’applique dans la partie américaine du lac Memphrémagog. Le Minnesota et le Tennessee font de même.

« FUN À TOUT PRIX »  OU « FUN RESPECT »  ? À VOUS DE CHOISIR !

En attendant une meilleure législation, il est souhaitable que la culture du « Fun À TOUT PRIX » qui s’est installée sur les lacs du Québec avec la popularité croissante de sports nautiques aux embarcations de plus en plus puissantes et bruyantes fasse place à une culture du « Fun RESPECT » : respect des usagers non motorisés, respect des riverains et de leurs infrastructures, respect de la biodiversité, respect de la faune aquatique, respect de la vie aquatique, respect point! C’est ça une navigation responsable et durable.

Pensez-y en allant acheter votre embarcation pour l’été prochain ou avant d’aller sur un nouveau plan d’eau.

Créer une patinoire sur un lac gelé. Crédit photo : Denise Cloutier.

Crédit photo : Denise Cloutier.

Si vous souhaitez entamer un processus de demande de restrictions sur votre lac, la Coalition Navigation peut vous accompagner.

Par Denise Cloutier, B.A.A., M.Env., Directrice générale de la Coalition Navigation

*Cet article a été publié dans le Vol. 49 No. 1 (Hiver 2026) de Québec Yachting. Abonnez-vous, c’est GRATUIT!